Trop de Ritalin? Trop de diagnostics de TDAH? Trop d’erreurs?

Y a-t-il épidémie de trouble de l’attention?

La question mérite réflexion quand on voit tous ces médecins qui donnent des prescriptions de Ritalin comme s’il s’agissait de vulgaires bonbons.

Je me suis penché sur la question dans La Presse (en blogue et en édito), suite à une conférence livrée par le neuropsychologue Benoît Hammarrenger. À son avis, trop de médecins ne font plus la distinction entre des symptômes d’immaturité, de trouble envahissant du développement, de douance, d’agitation ou de réelle hyperactivité.

On se retrouve ainsi avec beaucoup plus de diagnostics de trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) qu’il en existe réellement. Il rejoint en ce sens, comme je le soulignais dans mon édito, le professeur de psychologie de Harvard William Pollack, qui estime qu’au moins la moitié des diagnostics médicaux en la matière, aux États-Unis, sont erronés.

Pourquoi je vous reparle de tout ça? Parce que j’ai reçu une quantité impressionnante de réactions, dont certaines valent la peine d’être partagées. En voici trois: un père, un doc et une prof.

Commençons donc avec ce père de quatre garçons qui soutient que le Ritalin est populaire parce qu’il «fait l’affaire des profs et de l’école».

«Quelle ne fut pas ma surprise quand l’école a tenté de me convaincre de mettre le plus moteur et le plus allumé de mes fils sur Ritalin. Devant mon refus, on m’a servi: vous créez un préjudice à votre enfant. Il ne manquait plus que la DPJ à ma porte! J’ai mis Nicolas sur les huiles Omega 3, sans rien dire à personne… pour faire un test.  Je n’ai plus de problèmes depuis. On ne le reconnaît plus, me dit l’école. »

Il y a aussi ce docteur qui voit bien, autour de lui, que l’on y va un peu fort avec les prescriptions de psychostimulants.

«Je suis médecin et j’ai toujours pensé que trop d’enfants prenaient des médicaments comme le Ritalin pour contrôler leur hyperactivité, écrit-il. Souvent, l’enfant arrive au bureau avec ses parents qui se sont fait dire par le professeur qu’il devrait prendre du Ritalin. D’autres fois, c’est le parent qui pense que son jeune souffre d’hyperactivité…»

Et il y va d’une suggestion pour contrer cette pression des parents et de l’école. «En France, seul un spécialiste peut rédiger l’ordonnance de ces médicaments. Je pense que ce serait une bonne chose si au Québec et au Canada, on établissait un règlement semblable. C’est-à-dire, qu’un pédiatre devrait obligatoirement rédiger la première ordonnance.»

Enfin, une orthopédagogue qui travaille, à titre de prof, avec des enfants en difficulté depuis 10 ans m’a écrit pour apporter une nuance importante au débat. À son avis, il n’y a pas autant un problème de diagnostic, comme le soutient le Dr Hammarrenger, qu’un problème de prescription.

«Aucun enfant ne peut recevoir un diagnostic de TDAH sans l’évaluation dont vous faites mention dans votre éditorial. Mais tout enfant peut repartir de chez le médecin avec une prescription suite au seul témoignage du parent dans son bureau…»

Tiens, tiens, encore la pression parentale…

Elle poursuit : «Dans mon travail, en 10 ans, je n’ai vu que de rares cas de TDAH pur et dur. Mais des enfants à qui on prescrit une médication alors qu’ils ont besoin de mieux dormir, manger à leur faim et sainement, être sécurisé, aimé et encadré, j’en ai vu trop. Un enfant qui vit dans une famille en grande difficulté développe souvent des symptômes qui ressemblent au TDAH.»

Dont acte.

***

Une précision : on parle ici d’enfants qui ne sont pas atteints de TDAH mais à qui l’on prescrit néanmoins du Ritalin. Pour ceux qui ont réellement ce trouble, dont il n’est pas directement question dans ce billet, il va sans dire que ce genre de psychostimulants est essentiel.

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One Response to Trop de Ritalin? Trop de diagnostics de TDAH? Trop d’erreurs?

  1. Je tiens à vous féliciter pour ce billet et pour le blogue.

    Je suis ergothérapeute en pratique privée et travaille depuis 8 ans avec des enfants présentant des retards ou des troubles de développement et d’apprentissage. Une proportion élevée de ma clientèle m’est référée en raison de difficultés d’attention, avec ou sans la présence d’un diagnostic. En ergothérapie, nous combinons plusieurs approches pour arriver à mieux comprendre les difficultés des enfants et ainsi mieux les aider. L’une de ces approches se base sur les théories de l’intégration sensorielle. Selon ces théories, le fonctionnement d’une personne dans les activités de la vie de tous les jours dépend de la modulation et de l’intégration adéquate des millions d’informations provenant de nos 7 sens, les 6e et 7e sens étant la proprioception (conscience du corps) et le vestibulaire (conscience de la gravité et du mouvement). Le bon fonctionnement des processus d’intégration est en plein rodage chez l’enfant et est facilement perturbé par la présence de stress et de fatigue.

    Or, de nombreux enfants présentent des difficultés, voire des troubles, au plan de la modulation et de l’intégration de l’information provenant des 7 sens. Il peut s’agir d’hypersensibilité, se traduisant par une hypervigilance à certaines stimulations, d’hyposensibilité, se traduisant par une absence de réaction ou par des comportements de recherche de sensation, ou encore d’une mauvaise intégration des sens. La qualité de l’attention dépend en grande partie de l’intégration adéquate de ces sens.

    En ergothérapie, nous encourageons le recours à des stratégies sensorielles pour la gestion de certains comportements d’hyperactivité et symptômes d’innattention. L’une des stratégies les plus importantes est de permettre aux enfants de bouger davantage, autant à l’école qu’à la maison. Tout simple.

    Les difficultés d’attention peuvent aussi s’expliquer par le fait que la tâche est soit trop exigeante, soit pas suffisamment stimulante pour l’enfant. Dans les deux cas, l’ergothérapeute explore avec l’enfant et la famille des stratégies pour adapter l’activité. Par exemple, chez l’enfant ayant un tonus bas et une difficulté à maintenir une posture assise droite, une attention particulière est portée à l’ergonomie. Pour l’enfant auditif qui s’ennuie lorsque le professeur parle en classe, un cahier à colorier discret sur le pupitre peut faire toute la différence.

    La compréhension des difficultés d’attention est une tâche complexe. Dans le meilleur intérêt des enfants, les médecins de famille gagneraient beaucoup à diriger davantage les familles vers des professionnels de la santé et de l’éducation avant de considérer la médication comme la seule option possible.

    Sensé, non ?

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